14-03-2026 : Ardèche, jour 1 : « journée » falaise
Pour ce premier jour de stage, l’objectif est surtout de faire connaissance et se dérouiller un peu sur les manips, tous ensemble à la falaise des défilés de Ruoms. Certains rafraîchissent les manoeuvres de progression (conversion, passage de noeuds…) tandis que les autres grimpent sur les cordes que nous ont aimablement installées les cadres afin de chacun rejoindre une ligne à équiper.
Ma ligne étant plutôt simple (un début de MC, une tête de puits, un point de MC, une seconde tête de puits), je finis bien avant le plus gros du groupe. Je choisis donc de remonter ma ligne pour suivre le travail de mon voisin Jonathan (Troglos) et bénéficier ainsi des conseils qu’il reçoit. Nous arrivons en bas en fin de matinée et rejoignons les autres cadres et stagiaires pour la pause repas et une intense délibération sur la suite du programme : en effet, il y a plus de vent que de soleil et si il fait déjà bien frais quand on s’active à équiper, en bas et en statique, ça caille sévère. La décision est prise : on finira la journée au Césame, c’est parti pour déséquiper la falaise et rentrer au chaud. Nous échangeons nos lignes et je me retrouve sur celle qu’a équipée Benoit. Avec sa petite portion de main courante plus ou moins aérienne, elle s’avère bien plus fun que celle du matin !
Une fois au gîte, chacun profite de la fin d’après-midi ensoleillée pour travailler ce qui lui plaît : un atelier « réchappe et décrochement » s’organise sur l’arbre du jardin, tandis que d’autres s’amusent à équiper la charpente du préau. Benoit, Maria (Troglos), et moi tentons de nous exercer à la construction d’un point chaud mais c’est peine perdue : avec ce vent, impossible d’obtenir la moindre coopération de la part de nos couvertures de survie. Nous obtenons le droit de percer des trous dans les murets et c’est donc même l’occasion pour Chloé et Aloé d’apprendre à jouer du perfo !
15-03-2026 : Ardèche, jour 2 : Aven des Fées
La journée du dimanche commence en fait le samedi soir, où nous sont attribuées équipes en cavités pour le lendemain : sous la houlette de Cécile, je partirai donc avec Saphire (Troglos) dans l’Aven des Fées (n°1 ou n°2, cela dépend des sources). C’est l’occasion également de commencer à travailler puisqu’il faut maintenant préparer les kits. Saphire nous déniche une topo et une fiche d’équipement, le début est assez clair (AN et AF à gogo, apparemment, demain c’est atelier tissage pour nous). Les choses se corsent pour la deuxième partie, la fiche d’équipement s’arrête après le boyau de la jonction. Le descriptif de l’aval semble plus intéressant pour l’équipement, faisant état de deux ressauts et une vire « sportive » qui semblent correspondre aux P6, P8, et « vire TGV » de la topo… OK, mais avec quoi va-t’on équiper tout ça ? Impossible de trouver plus d’infos sur les internets mondiaux, va pour un calcul à la grosse, grosse louche : P6, P8, une dizaine de mètres entre les deux, un bout de MC avant, les nœuds… allez, on prend 40m et une quinzaine d’amarrages, et on verra bien ce qu’on arrive à faire avec ! (De toute façon, on se dit qu’on sera déjà bien contentes si on arrive jusque là avant de devoir faire demi-tour.)
Le lendemain, arrivée devant la grotte à 9h tapantes après un long trajet d’une dizaine de minutes et une courte marche d’approche (que c’est bien d’avoir un descriptif clair avec des points GPS justes !). Le café se Saphire n’ayant pas encore eu le temps de faire effet, c’est moi qui attaque la première moitié : une simple MC sur les arbres de l’entrée, tête de puits sur deux AF qu’il faut bien choisir pour réussir à être plein vide, et c’est parti. Le premier frac est plus pénible, avec un point sur chaque paroi opposée, pas de souci niveau sécurité mais bon sang que c’est inconfortable à passer… ce n’est qu’à la remontée, avec un nouvel angle de vue, que nous verrons les points supplémentaires qui auraient permis d’éviter de placer le noeud et ses oreilles en plein milieu du chemin. Il y a de la marge de progression, on n’est pas là pour rien ! La suite est plus fluide, un autre frac un peu déporté en haut du P6 sera l’occasion pour Cécile d’expliquer la mesure du col de cygne par la méthode de tension relâchée. Au final, mon noeud en haut du P6 est quand même un peu haut, mon col de cygne un peu long, Saphire s’occupe d’ajuster tout ça pendant que j’enchaîne sur la longue MC descendante du toboggan.

On échange nos postes un peu avant le haut du P8, Saphire termine la MC puis attaque la tête de puits sans difficulté pendant que j’ajuste quelques réglages derrière. Petit débat au milieu du P8 : ça touche ou ça frotte ? Verdict : à moins de passer exactement par la même trajectoire que Saphire, ça frotte. Pas de panique, Cécile me dit qu’il y a tout ce qu’il faut pour corriger ça lors de mon passage… effectivement, un spit sur la droite me permet de poser une dev qui évitera de trop se prendre la tête à surveiller ce que fait la corde lors de la remontée. Pendant ce temps-là, Saphire et Cécile se sont creusé la tête et usé les yeux à chercher la suite, on aurait envie de continuer tout de suite par la rive droite du P10, mais en fait, il faut en faire le tour pour s’amarrer sur les belles colonnes qui le bordent à gauche. La MC est équipée sans problème, ainsi que la tête de puits qui demande pourtant de bien se pencher au-dessus du trou pour pouvoir partir plein vide, même pas peur.
Arrivées au boyau de jonction, il est 12h30, c’est l’heure de la pause repas. Après un bon sandwich et un brin de papote, petit point sur les horaires : il est 13h, nous sommes attendues au gîte à 16h, on anticipe 1h30 de remontée / déséquipement, le boyau de jonction devant nous promet 30 minutes de quatre-pattes dans la boue… peu motivées à faire 1h de crapahut boueux juste pour la beauté du geste, on entame la remontée en échangeant nos sections comme d’habitude. Nous serons plus efficaces que prévues puisque toute l’équipe est sortie à 14h20 ! Ce qui nous laissera le temps de démarrer le rangement du matos une fois rentrées au Césame et de profiter du soleil qui nous avait bien manqué la veille ☺️
TPST : 5h15
28-03-2026 : Doubs, jour 1 : test comparatif de diverses cavités doubistes…
Ce second week-end de stage est aussi l’occasion de retrouvailles avec ma binôme puisque je suis à nouveau en duo avec Saphire (Troglos), sous la houlette de Loïs (Spéléo Club de Savoie) cette fois. Au programme, l’équipement de Pouet-Pouet jusqu’à la cote -104, avec pour objectif principal de travailler la lecture de cavité. Tout est prêt pour une journée au top : Saphire a eu la gentillesse de préparer les kits avant mon arrivée tardive vendredi soir, on nous a vendu une sortie hyper intéressante avec, pour couronner le tout, très peu de marche d’approche… En effet, la Loïs-mobile nous dépose samedi matin juste en face du champ où se situe la cavité, que nous trouvons sans problème après à peine quelques centaines de mètres de marche dans la neige. Au boulot ! Nous discutons ensemble pour décider comment Saphire va équiper le petit bout de main courante avant le premier puits, et tiens donc, mais que fait cette corde déjà installée sur la première tête de puits ? Peu importe, c’est l’occasion d’apprendre comment équiper en double. Oups, la corde nous suit toujours en haut du deuxième puits… Loïs part en éclaireur et nous le confirme : la cavité est équipée en fixe, et semble-t’il jusqu’au bout. Pas fou pour travailler la lecture tout ça ! Après une brève concertation d’équipe, nous sommes tous d’accord : on est là pour bosser notre équipement, adieu Pouet-Pouet, la balade a l’air sympa mais ce ne sera pas pour aujourd’hui.
Loïs a, heureusement, un plan B : il nous propose d’aller à la Baume des Chars, dont il a un excellent souvenir et qui permettra de bien nous faire travailler. On reprend la spéléo-mobile, sans se changer puisque nous n’avons pas eu l’occasion de nous salir (un doute subsiste quand à la sécurité de la conduite en pédale / pantin, mais Saphire a promis d’appuyer Loïs dans ses déboires avec la justice en cas de contrôle par les forces de l’ordre). Il s’avère que Loïs de ne souvient pas si bien de la « Baume des Chars » puisqu’il pensait en réalité à Bief Bousset… dans laquelle une autre équipe du stage est déjà occupée à travailler, et quand nous arrivons sur le parking, un troisième groupe de spéléos est déjà en train d’attendre pour pouvoir s’y engager à leur suite. Abandon du plan B, on passe au plan C : retour à Montrond pour aller voir ce que l’on pourrait faire du côté de la Belle Louise.

Alleluia, le plan C est concluant ! Personne à la Belle Louise, la topo est affichée devant le portillon d’accès, et le très beau puits d’entrée est largement assez riche en broches, spits, et AF pour permettre à Saphire et moi d’équiper deux lignes en parallèle. Objectif : se passer des broches autant que possible… Conclusion : je ferais bien d’aller faire un tour chez l’ophtalmo car je ne vois pas la moitié des spits. Nous arrivons tout de même sans trop de difficultés à installer chacune 5 ou 6 fractionnements dans ce premier puits, avec une initiation au pendule pour Saphire, et une bonne séance de sport pour Loïs qui passe son temps à faire l’aller-retour entre nous deux pour checker notre travail. L’occasion de réviser ce que nous avons appris il y a 15 jours sur le réglage des nœuds et des cols de cygne ! Une fois en bas du puits d’entrée, il nous reste encore un peu de temps, je décide donc de poursuivre sur la courte main courante qui sécurise l’accès à la deuxième tête de puits. Les broches étant interdites, quelques étirements seront nécessaires pour atteindre les spits posés un peu plus loin au-dessus du vide, mais je finis par y arriver. Loïs me propose quelques ajustements pour rendre la transition entre la tête de puits et la main courante plus confort, notamment à la remontée, et c’est parti pour le deuxième puits… mais pas plus, puisque j’arrive au bout de ma corde avant même d’avoir atteint le niveau du premier frac’. Ben oui, c’est vrai, on se balade toujours avec le matos prévu pour Pouet-Pouet… On a atteint les limites du plan C, il est temps de remonter ! Je déséquipe ma tête de puits et mes quelques mètres de main courante en manquant d’y abandonner une plaquette (c’est pas comme si je l’avais posée moi-même il y a 10 minutes…), puis nous échangeons avec Saphire pour déséquiper chacune la ligne de l’autre dans le grand puits. Cela demandera quelques tours de passe-passe pour éviter de penduler l’une dans l’autre ou de s’envoyer des mousquetons sur le casque à des moments inopportuns, mais la sortie de la cavité se passe assez rapidement et sans encombre.


Il nous reste un peu de temps et nous sommes à 300m des Cavottes, la tentation d’aller y embêter les copains qui ne savent pas que nous sommes par ici est trop grande pour y résister. Nous reprenons donc la spéléo-mobile, toujours en tenue, descendons dans le trou, réalisons que nous n’avons pas de topo alors qu’il y a des intersections tous les deux mètres, ressortons, chopons une topo, cheminons jusqu’à la salle du Chaos, prenons le temps de faire une petite sieste, retrouvons les copains qui n’ont même pas la décence d’être surpris de nous voir, et ressortons tous ensemble presque pas trop en retard.
On en retiendra une journée certes moins formatrice que prévue, mais sauvée par la bonne ambiance du groupe et le recueil de cavités habitant le cerveau de Loïs qui s’est démené pour que nous puissions en tirer le plus possible, merci à lui !
TPST : environ 3h (2h45 de Belle Louise + 15 min d’A/R dans Pouet-Pouet) + une sieste
29-03-2026 : Doubs, jour 2 : journée karstologie
Aujourd’hui, c’est journée karstologie avec François. Nous sommes 7 stagiaires, accompagné.e.s de Mathieu (Troglos) et Maxime, pour découvrir la vie du karst local et exercer nos yeux à comprendre d’où viennent les formes que nous croisons sous terre. Pour compléter l’exposé plus global de la veille au soir sur les structures karstiques en général, on commence par un petit topo au gîte, histoire de comprendre le fonctionnement du réseau local (le plus vaste du Nord-Est de la France, s’il vous plaît) et la place qu’y occupent les sites que nous allons visiter dans la journée.
Armés de nos cartes géologiques et IGN (enfin, pour Romain, puisque tous les autres ont oublié de prendre les leurs…), nous prenons la voiture en direction de la Baume des Crêtes, le point « 0 » du réseau. Compliqué de visualiser sa position par rapport au reste puisque nous nous promenons dans un brouillard à couper au couteau, mais cela ne nous empêche pas de réfléchir aux évènements qui ont pu mener à la formation de cette perte fossile (et Mathieu en profite même pour nous glisser un peu de réflexion surprise sur l’équipement que nous mettrions en place pour y descendre). Deuxième étape : le gouffre de Jérusalem. Nous commençons par une explication sur la formation et l’identification des fameuses dolines dissymétriques de dissolution ou « DDD », expression que j’ai déjà entendue maintes fois sans jamais réussir à la comprendre vraiment… Maintenant c’est plus clair ! Nous nous retrouvons ensuite face à l’impressionnant porche d’entrée de Jérusalem, dont François arrive à nous expliquer / à nous faire deviner l’histoire de formation. Spontanément, en arrivant, je m’étais juste dit « Whaou, c’est super beau » ; maintenant que je sais pourquoi c’est beau et d’où ça vient, je trouve ça presque magique de pouvoir remonter le temps comme ça. A se demander pourquoi je détestais la géologie pendant mes études.

Bouquet final de la balade, nous finissons à Bief Bousset qui a été équipé la veille par une autre équipe. Après un détour rapide par la perte « principale » actuelle dont Bief Bousset n’est plus « que » le trop-plein, nous descendons dans la cavité à proprement parler. L’entrée est déjà magnifique, les méandres qui suivent n’ont rien à lui envier… On arrive rapidement au niveau de l’impressionnante charnière synclinale, c’est l’occasion d’une première discussion sur la formation des plis et méandres, mais aussi sur l’historique de la spéléo, de l’hydrogéologie, et de la protection du milieu naturel. Au fil de la progression, les topos s’enchaînent : sur la formation des planchers stalagmitiques, des coups de gouges, des colonnettes, du changement de profil de la cavité au fil de la progression (lorsque l’eau est passée d’une diaclase à un joint de strate) ou du temps (lorsque des débris de gros volume emportés par une crue ont bloqué la partie inférieure d’un méandre et causé son remplissage partiel en amont), sur le profil des puits que nous descendons, des failles et de leur zone de broyage que nous traversons… Tant d’endroits auxquels nous n’aurions habituellement probablement même pas prêté attention, ou juste trouvés « jolis » ou « étonnants » sans plus réfléchir à leur formation et à leur évolution ! Fin du périple (et spot de pique-nique) : la salle de décantation. L’argile et les débris qui s’y déposent à chaque crue sont une source de nourriture abondante qui permet le développement de la flore cavernicole : vers, arthropodes divers, nous avons même l’opportunité d’observer quelques Niphargus avant de reprendre le chemin de la sortie.



Je remonte en premier avec Alix, François, Chloé (Troglos), et Max pendant que le reste de la team Troglos s’organise pour déséquiper. La remontée se passe sans encombre, même si nous sommes obligés de constater qu’elle est plus humide que la descente : la neige a dû commencer à fondre ! En effet, le soleil est là lorsque nous sortons et le vent s’est calmé, il fait bien moins froid qu’à notre arrivée : un redoux bienvenu puisque nous avons une grosse demie-heure à patienter avant que toute l’équipe soit au complet sur le parking 😉
TPST : 4h environ
04-04-2026 : Vercors, jour 1 : Saints de glace
Pour cette première journée dans le Vercors, nous partons avec Willy (GUS) et Mathieu (Troglos) dans Saints de Glace, cavité que je commence à connaître puisque j’y suis déjà sortie deux fois en 2025, mais uniquement en sorties débutants et encore jamais à l’équipement.
La route d’accès est encore partiellement enneigée, mais ouverte, ouf : la marche d’approche se fera en version courte ! Comme mes souvenirs de l’équipement de cette cavité sont plus flous sur le début que sur la fin, c’est moi qui entame les festivités. Le premier puits ne pose pas de souci particulier, même si Mathieu me fera remarquer un AF qui aurait permis d’apporter un peu plus de confort à la remontée en insérant une courte main courante au niveau de mon frac. Arrivée en bas, je constate que le passage de droite, que j’avais prévu de prendre initialement, est généreusement arrosé. On passera donc par la gauche pour accéder au P9 ! Le point intermédiaire de la main courante semble évident avec un superbe AF… dans lequel il s’avère impossible de faire passer ma dyneema, aucun de nous n’ayant amené d’Abalakov. J’utilise un bloc au sol comme AN à la place pour pouvoir accéder à la suite : une fois la tête de puits installée, je laisse le soin à Willy et Mathieu de transformer tout ça en quelque chose de confortable, pendant que je commence la descente. Assez rapidement, la MC est corrigée, la dev’ posée, ajustée, tout le monde peut continuer. Il fait beau en surface, ça fond, il apparaît rapidement que la sortie va être humide ! Ça coule bien sous nos pieds et chaque petit ressaut est transformé en cascade miniature. (Pour des raisons de « tout est trempé et mon téléphone n’est pas étanche », il n’y aura donc pas de photos pour ce jour-là. Snif.)
Je pars devant pour équiper le puits suivant et je perds assez rapidement Willy et Mathieu. En même temps, il avait prévenu dès le départ, les méandres, c’est pas son truc ! (Il y a des sorties où on est quand même bien contente de ne pas prendre trop de place…) J’hésite plusieurs fois à les attendre mais je me dis qu’au moins, mon avance me laissera le temps de réfléchir à l’équipement tranquillement… quand j’y arriverai. En effet, le P4 indiqué juste à la suite des deux premiers puits sur la topo se trouve en fait bien plus proche de la fin de la longue portion de méandre que de son début. Quand Willy et Mathieu m’y rejoignent, je suis en train de finir la main courante et je me prépare à attaquer la tête de puits. J’apprends alors une raison de leur retard : quelques dizaines de mètres plus tôt, ils se sont engagés dans une portion remontante et ont débouché dans la salle suivante… à hauteur du plafond, sans me voir et sans corde installée, alors qu’ils pensaient pourtant être sur mes pas ! Je me dis que si je l’ai shunté par le bas, cela expliquerait pourquoi le P4 me semblait ne jamais arriver, mince alors, on va être décalés sur toutes les cordes… En fait non, la suite nous le confirmera, nous sommes bien au bon endroit à cette étape, les garçons se sont juste rajouté un aller-retour dans un itinéraire bis qui ne figure ni sur la topo ni sur la fiche d’équipement. Bon à savoir pour les prochaines fois…
Le P4 franchi, nous prenons le temps de nous rassasier dans une zone à peu près sèche qui nous offre de surcroît de confortables places assises, puis je passe la main à Willy pour la suite de l’équipement. Nous n’avons pas la longueur de corde ni les plaquettes pour utiliser la ligne hors-crue du prochain puits, qui serait pourtant bien utile dans nos conditions, mais la déviation nous permet toutefois d’éviter le plus gros de la cascade. Les choses se corsent à la fin du P9, où Willy reste perplexe face à l’étrange main courante remontante qui le relie au P3. Mathieu descend à sa rescousse car avec le bruit de l’eau, impossible de communiquer confortablement à distance… C’est donc lui qui part explorer la suite : là aussi, il semble y avoir une ligne hors-crue mais dont la fiche d’équipement ne faisait pas mention, et notre corde ne sera pas assez longue. Nous descendons donc le P3, nous faufilons dans l’étroiture dite « du bout de bois » et continuons sur la suite.
Un coup d’oeil à la montre : il est bientôt l’heure de faire demi-tour, mais nous sommes presque arrivés, il n’y a plus qu’un puits à équiper sur notre chemin, et Mathieu et Willy n’ont jamais vu Hydrokarst : la décision est unanime, on y va ! Cela valait le coup car la double cascade du plafond est particulièrement belle avec le débit du jour. On ne prend pas le temps de traîner et nous lançons directement dans la remontée, je ferme la marche pour déséquiper la partie de Willy. Les jambes sont vite bien mouillées par la remontée des ressauts dans l’eau, mais rien à signaler jusqu’au premier P4 où je zippe lors du retrait de la dev’ hors crue et pendule directement sous la cascade… Je suis trempée de la tête aux pieds mais ça tombe bien, c’est à Willy de passer au déséquipement. J’abandonne les garçons et prends le chemin de la sortie ; l’avantage, c’est que pour une fois, je ne meurs pas de chaud lors de la remontée, mais j’évite quand même de rester trop statique. Je sors de la cavité une grosse demi-heure avant eux, ce qui me laisse le temps de me changer, d’essorer mes vêtements, et de profiter un peu du soleil en les attendant. Au bilan, 1h de retard sur l’horaire (oups…) mais une belle et agréable sortie !
TPST : 8h15 environ
04-05-2026 : Vercors, jour 2 : Scialet Neuf
Pour clôturer ce stage perf’ en beauté, Chloé, Benoît, VT (Dolos), et moi partons sous la houlette de Loïs (SCS) dans Scialet Neuf. La veille, Loïs et Mattéo sont partis en reconnaissance pour éviter les mauvaises surprises : pas de verrou de glace dans la première étroiture, le seul frein éventuel à notre avancée sera donc nos propres capacités. Nous anticipons une quinzaine d’heures de sortie : une première pour moi qui n’ai encore jamais passé plus de 9h sous terre ! Quitte à ressortir dans la nuit, on se dit que l’on n’est pas une heure près, autant s’offrir une bonne nuit de sommeil : nous sommes devant l’entrée à 11h sous un agréable soleil.
VT attaque l’équipement jusqu’à la première salle, suivi par Loïs puis Chloé. Pendant ce temps, Benoit et moi en profitons pour nous offrir une petite sieste, d’ici à ce que ce soit à nous d’équiper, on peut leur laisser une bonne avance. Au bout d’une petite heure, je me prépare à descendre : en effet, nous avons 6 kits pour 5 personnes, et je crains qu’une partie du matos dont Chloé aura besoin soit resté avec nous en surface… Je prends donc 2 kits et attaque la descente. Je rejoins très rapidement le reste de l’équipe : finalement, j’aurais pu prolonger un peu la sieste au soleil, d’autant plus qu’ici-bas, ça caille et pas qu’un peu. Je suis en train de commencer à envisager de remonter pour dire à Benoît de prendre son temps quand celui-ci arrive, nous voilà donc tous les trois avec VT, emmitouflés dans nos doudounes, à patienter derrière Loïs, qui surveille Chloé pendant qu’elle équipe la partie la plus technique de la sortie. En effet, le passage au-dessus du petit lac au pied du second P10 est très joli mais je suis bien contente de ne pas avoir eu à l’équiper, pas sûr que j’aurais échappé au plouf… Le sentiment se confirme dans le boyau qui suit : c’est pénible à négocier sans se cogner tous les 50cm, le kit se coince de partout, j’ai un grand élan de compassion pour Chloé qui a en plus dû s’amuser à poser des amarrages au milieu de tout ça.



Une fois revenus dans des volumes plus confortables, Chloé me passe la main et c’est à mon tour de prendre la tête de l’aventure sous la tutelle de Loïs pour le premier puits, puis de Chloé qui en profite pour bosser la partie « encadrement » de sa prépa init. Ce sera l’occasion d’apprendre à régler la longueur de corde sur les pendules, puis nous arrivons rapidement à la base du P30. Le court morceau de main courante qui suit se fait dans un cadre féérique, on a l’impression de se faufiler dans une forêt de stalactites et stalagmites, mais pas facile pour autant d’y trouver des AN satisfaisants : heureusement que Chloé me file un coup de main pour glisser mes dyneemas dans de micro-interstices accessibles uniquement par des mouvements avancés de contorsion (certes, notre taille ne nous avantage peut-être pas non plus). Mon enthousiasme se fait très rapidement et très littéralement doucher dans le P8 qui suit : alors que la sortie était d’une humidité « standard » jusque-là, c’est un rideau de pluie qui m’attend sur les derniers mètres de la descente. Arrivée en bas, je me fais tremper jusqu’aux os, et impossible de voir quoi que ce soit sur les parois qui m’entourent tant les reflets de ma lampe sur les gouttes d’eau perturbent ma vision. Je finis par me percher sur une espèce de vire en face de moi à un bon mètre du sol, exclusivement pour essayer d’atteindre une zone un poil plus sèche le temps de réfléchir calmement, et oh, miracle : le départ de la prochaine main courante est juste sous mes yeux. (Pendant une seconde, je repense à toutes les fois où on m’a dit « cherche où tu voudrais avoir des points, en général c’est là que tu vas les trouver »…)
Une fois qu’il y a une seconde place libre sur ma vire -presque- pas trop arrosée, je fais signe à Chloé de me rejoindre et nous continuons d’équiper la suite pendant que les garçons restent -presque- au sec et nous laissent prendre un peu d‘avance. Au puits suivant, nous tentons une ligne hors-crue mais les points pourtant si prometteurs semblent disparaître à mi-course… tant pis, nous rebroussons chemin et nous résignons à descendre sous l’eau, de toute façon, on est déjà trempé.e.s. En haut du P37, il est temps de donner le relais à Benoît : il me rejoint avec Loïs mais même avec 3 lampes et 6 yeux, impossible de trouver ce fameux « AN rive droite au ras du sol » censé nous permettre d’installer la déviation. On se contentera des points prévus pour une tête de puits rive droite, et Benoît attaque la descente. A nouveau, chou blanc : le fractionnement est introuvable. Loïs double donc la déviation pour la rendre irréprochable avant de suivre Benoît, sans plus apercevoir de points lors de sa descente. Je m’y lance à mon tour (« Chloé, VT, c’est libre, mais restez encore un peu au sec là-haut, ce n’est pas très hospitalier par ici »), je ne vois pas non plus de points, mais je ne peux m’empêcher d’être admirative de Benoît : le méga-giga-pendule qu’il nous a installé tire dans les bras pour se tracter jusqu’au frac, je ne comprends même pas comment il a réussi à aller le chercher. On a bien fait de réserver le meilleur grimpeur de l’équipe pour la fin du périple !



On profite d’un court passage presque sec et correctement garni de points, puis le P65 final est l’occasion de fusionner les deux thèmes précédents : non seulement les points pour le frac sont introuvables, mais on les cherche sous et dans la flotte, un pur bonheur. Benoît s’y essaie, puis abandonne et nous attend en bas (après avoir encore une fois ignoré la gravité et installé un deuxième giga pendule). Loïs part à son tour, sans plus de succès. A moi ! Je pense voir des traces du perçage d’AF, je me balance, m’accroche au relief repéré… et repars avec ledit relief dans la main, sans même m’être arrêtée une seconde : la paroi rive gauche qui semble visuellement si saine est en fait un immense pan de mondmilch. Après deux ou trois fausses joies du même type, j’abandonne et rejoins les copains dans la salle des quarante ans, rapidement suivie par Chloé et VT. Nous prenons un moment pour admirer les superbes concrétions qui récompensent nos efforts, savourer le casse-croûte et le thé chaud qui l’accompagne, puis attaquons rapidement la remontée : nous sommes tous plus ou moins gelés, personne n’a envie de traîner plus que nécessaire.




Je déséquipe la fin, et donc repars en dernier. Un feeling un peu sisyphéen pour ce début de remontée : ça fait 4 fois que je réenkite ma corde, et je ne vois toujours pas la tête de puits. C’est long 65 mètres, surtout sous la douche..! Je suis récompensée, un peu plus haut, par le déséquipement de l’énorme pendule du P37, ambiance parc d’attraction ou méga balançoire. Je passe le relais à VT et continue la remontée sans trop demander mon reste : malgré la bûche désormais arrimée à mon baudrier, je suis contente de pouvoir accélérer le mouvement pour tenter de me réchauffer un peu, et surtout, sortir de cette suite de puits option canyoning… Quand nous arrivons avec Chloé au boyau étroit (bien plus agréable à remonter qu’à descendre, d’ailleurs), une bonne surprise nous attend : des voix se font entendre de l’autre côté ! (Presque) sans se concerter, Maxime, Sevan, et Mattéo sont venus nous rendre visite et nous proposer de remonter des kits. Si ça c’est pas des cadres 5 étoiles…
Délestées de nos enclumes respectives grâce à ce super service UberKit, nous prenons le parti d’attendre nos trois autres camarades afin qu’ils ne soient pas obligés de remonter seuls les 4 kits restants. Seulement, motivées par l’envie de se réchauffer peut-être ? Nous avons un peu trop tracé sur notre remontée : l’attente et longue et surtout, glaciale quand on est trempée et statique. Dès que je suis à peu près bien, je transfère mon poncho à Chloé qui me semble à deux doigts de geler sur pieds. Une minute après l’avoir quitté, je frissonne de nouveau… Ce gros quart d’heure d’attente me semble presque aussi long que tout le reste de la remontée, mais heureusement, les garçons finissent par nous rejoindre, je leur attrape un kit et file vers la sortie. Un dernier arrêt au niveau de la dernière étroiture pour faire passer les kits en mode chaîne humaine, et nous voilà sortis dans la chaleur (relative) de la nuit ! Le temps de la marche retour, de se changer rapidement sur le parking, de se perdre brièvement avec Chloé sur le trajet du retour, et nous sommes au gîte pour savourer une délicieuse assiette de pâtes carbo (big up à Maël qui a préparé les pâtes pour tout le monde dans l’aprem, et à Max qui a somehow trouvé la motivation de faire une sauce carbo à 3h du matin), prendre une bonne douche chaude, et se glisser (enfin) dans nos duvets <3
TPST : 13h30-14h45 selon les participant.e.s
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