Participants : Marc, Olivier + Rémy (Villefranche S/S)
TPST : 7h30
NCLS : 2
Objectif du jour : sortie “perf”… à la Moooiiilllldâââaaa (un peu le truc qui fait peur quand meme! Spoiler: on sera servis en frayeurs…)
Comprendre : progresser à l’équipement, gagner en autonomie, réfléchir avant d’agir et arrêter de bricoler des têtes de puits comme si je montais une étagère IKEA un dimanche soir. Bref, vaste programme pour devenir progressivement un adulte spéléologue .
Rendez-vous matinal (7h30) au parking de Beynost pour accorder au mieux les origines de chacun. Oui, plusieurs équipes, de différents clubs, partent en duo ce jour là, le tout organisé par Vincent du CDS (big up).
Première frayeur: je rencontre Rémy.
Un homme à mi-chemin entre Agrid et un pilier du XV de France. Large d’épaules, barbe imposante, poignée de main ferme, regard franc. Je me dis que soit je vais apprendre des choses, soit je vais être porté dans un kit au retour.
Finalement, sur le trajet, il se révèle d’une grande gentillesse. Pédagogue, posé, drôle même. Comme quoi, il ne faut jamais juger un spéléo à sa barbe ni à la taille de ses avant-bras.

Le GPS nous conduit sans encombre jusqu’à la plaine des Chanaux, où on se gare sur le bord du chemin après un bosquet, juste avant un bébé doline (qui s’est sûr donnera naissance à une nouvelle entrée de réseau… dans quelques milliers/ions d’années)
Le temps quant à lui est… fidèle à lui-même, comme depuis 1 mois environ. Il pleut. Pas franchement, non. Plutôt ce crachin tenace qui s’infiltre partout, humidifie les vestes et donne à la matinée une lumière grise et diffuse. Pas beaucoup de clarté, mais une atmosphère presque poétique. C’est joli, à sa façon.
Puis deuxième frayeur : Marc n’est pas là.
Et Marc, c’est… le matériel.
Pas de réponse au téléphone, ni aux messages. On attend. On regarde les nuages, scrute les alentours, va voir l’entrée… On envisage même un repli stratégique au café du coin, en redoutant d’être cités dans le prochain N° du fameux magazine à succès ces temps-ci au SCV: « Spelechecs ». Après une bonne demi-heure, un bruit au loin. Un moteur. Une voiture familière qui émerge du chemin détrempé. C’est lui. Soulagement général. La journée peut vraiment commencer.
On s’équipe dans l’humidité ambiante. On répartit les kits. On décide d’en laisser un complet à la voiture en pensant que nous n’aurons probablement pas le temps de descendre très bas. Optimisme prudent.
Et là, troisième frayeur, version briefing d’ambiance :
Rémy nous rappelle que la Moilda n’est pas une cavité facile. Il faut être autonome ++, savoir équiper proprement, lire la roche, anticiper les trajectoires.
Moi, qui balbutiais encore la veille sur un nœud de chaise correct.
On retablit un peu les bases en rapport à notre niveau, afin d’éviter tout malentendu une fois dans le vif du sujet.
On traverse le petit vallon qui sépare le chemin de l’entrée en lisière de foret. Je commence par équiper la main courante avec un amarrage naturel sur un arbre, cabestan bien venu; Rémy supervise :
— “ça ne va pas le nœud là”
— “mais si, j’ai juste là ?”
— “Non.”
— “Bah si ?!” (Marc en renfort moral)
Rémy nous montre une autre manipulation, digne d’un magicien
On observe, un peu perplexes sur comment il a fait et le resultat:
— “Mais… ce n’est pas un cabestan.”
— “Ah ouais…”
Allez, on la compte plutôt en mode micro-bug, qu’en frayeur; ambiance détendue, mais pédagogie bien réelle. On ajuste, on comprend, on avance.
Je me lance ensuite dans la première tête de puits. Respirer, chercher la logique, pas la facilité : toujours regarder derrière soi pour les amarrages, chercher le plus haut possible, penser trajectoire de corde… et confort personnel (surtout pour la remontée).

Le Puits Maria (P10) se déroule sans accroc. Petite victoire intérieure. On enchaîne proprement.
On laisse le « réseau qu’on fit » en face pour poursuivre sur le réseau -276, à gauche. L’ambiance devient plus verticale, plus engagée… et plus effrayante avec une veuve blanche !
Marc prend alors le relais pour équiper la Manken puits, un beau P30, enfin “30”… en réalité, il paraît bien plus impressionnant (surtout vue du bas, qd on le voit au retour).
On déroule la corde de 90 m pour un besoin théorique de 68 m. On se félicite d’avoir vu large 😉
Pas très à l’aise face au gaz, il équipe d’abord d’un côté pour descendre cinq mètres, puis se poser en face avec un balancier… avant finalement de remonter, faute d’avoir trouvé un point satisfaisant pour un frac. Demi-tour complet pour passer la tête de puits de l’autre côté de l’entrée et descendre plein vide. On voit qu’il prend sur lui mais finalement réalisé d’une main de maitre avec le petit ressaut de main courante sur la fin pour faciliter le décrochage.
En descendant, on remarque finalement quantité de spits parfaitement utilisables pour fractionner (le stress réduit parfois le champ de vision) et surtout : ça passe sans se mouiller (rapport aux dires / le nom du puits et le contexte meteo)

On enchaîne ensuite le R6 de Strasbourg, puis le puits Ramyde (oui, ils ont été très fort dans l’art du nommage). Petite pause restauration autour d’un meandre tout mignon.




Je prends le puits Rana. Deux spits en tête de puits. Ils me semblent trop alignés verticalement. Pas glop.
Je demande confirmation.
Rémy me conseille de regarder en face.
Effectivement, il y a tout ce qu’il faut… quand on regarde au bon endroit.
Je fais mes deux oreilles, bien réglées. Je me mets en charge.
À peine pendu, je sens un choc, comme si je descendais d’1cm avec un arret brutal.
Je pense d’abord au MAVC du baudrier ou le descendeur qui se remet en place.
Puis je vois le regard de mes deux équipiers.
Quatrième frayeur : un des deux spits a lâché.
Je me retrouve suspendu à 12 mètres du sol sur un seul point.
Début de conversion pour revenir en appui sur la roche ferme. L’avais-je vraiment vissé correctement ce spit ? Question existentielle….
M’enfin, on bénit les bonnes pratiques de doubler les points (et je me félicite d’avoir reglé au quart de poil la tension de chaque oreille), et on valide qu’un spit n’est pas irreprochable.
On poursuit malgré tout. Dernier puits pour finir la corde. Elle semble trop courte d’1m. Instant de doute.
On enlève les deux nœuds de fin. Et là, miracle : elle tombe pile en bas. Ajustement millimétrique, satisfaction presque mathématique.



Il nous reste une corde. Mais l’heure tourne. On veut respecter l’horaire de sortie, et préserver la santé de notre “sonnette” en lui évitant du stress inutile. Demi-tour raisonnable.

À la remontée, on se partage le déséquipement pour démonter ce qu’on n’a pas installé. Exercice formateur: eviter de faire des nœuds de 8 à la place des papillons sur une main courante (bien plus difficiles à défaire une fois tanqués), ou de serrer trop les plaquettes (risque de foirer le pas de vis – tj pas remis de la Frayeur N°4)
Dans un méandre équipé d’une main courante fixe, je progresse à mi-hauteur mains devant, aidé par la corde, un pied de chaque coté en opposition obligatoire : une longue ligne noire, laissant présager un vide consequent, apparait dessous !
Cinquième frayeur : un point intermédiaire lâche au plafond.
La corde descend d’un mètre… et moi avec.


Je me retrouve à plat ventre, coudes écartés, coincé entre les deux parois au niveau du replat. Encore un coup de bol dans la malchance, j’aurai pu passer dessous.
Remy repasse devant pour trouver une solution: un simple revissage du spit suffit pour sécuriser à nouveau la voie… (semble que cela arrive à force de passage, rassurrant !)
Les kits se remplissent progressivement. Leur poids transforme la perception du vide, l’aisance, la fluidité. Chaque arrivée en tête de puits devient un exercice d’équilibre et d’humilité. La fatigue aidant, on commence à parler avec eux en des termes peu élogieux.
On ressort pile à l’heure prévue. Il fait encore jour. Le crachin a cessé. Le ciel s’ouvre enfin sur un bleu discret. On profite des derniers rayons de soleil pour finir les pains choc (merci Marc), pcq oui, les emotions ça creuse !


La plaine des Chanaux est splendide sous cette lumière, c’est un lieu magnifique avec des grandes étendues ouvertes, la forêt en lisière, un relief discret mais sauvage. A refaire se dit-on, en version bivouac, quand la météo sera moins aquatique et plus clémente au niveau températures.
Sur le chemin du retour, à flanc on a une vue magnifique sur le village perché en contrebas, avec l’eglise qui se dessine sur l’horizon et en toile de fond la chaine des Alpes très claire et nette qui semble etrangement proche: superbe !
PS : Nettoyage du matériel au club le mercredi suivant.
Dernière frayeur.
Le compte ne correspond pas exactement à la fiche de sortie, ni au recomptage de Marc chez lui la veille (etrangement different). Grand moment de silence dubitatif, de verification de noms de cordes existants, d’appel à un ami… pour finalement retrouver nos petits, avec un doute métaphysique sur quelques mousquetons en plus ou en moins (bien qu’on n’ait aucune hésitation sur un oubli, chute ou perte de materiel sur place). On a une marge de progression les prochaines fois dans la cohérence entre le materiel réellement et officiellement sorti 😉
* NCLS: Nombre de Chutes suite à Lâchage de Spit
Bref, deux fois dans la même journée, ça forge… la Moilda est une excellente école dans ces conditions !
Mais surtout : faites confiance au matériel… et assurez vous de bien le visser.
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